23 janvier 2008
LIBERALISME ET HUMANITE
MOT INTRODUCTIF DU VICE-PRESIDENT DE L'UCAO-UUA
Monsieur le Doyen de la Faculté de Philosophie de l'UCAO-UUA
Révérend Père Gaston SANON, ex-Doyen de la Faculté de Philosophie de l'UCAO-UUA
Messieurs les Enseignants des Universités (Catholique de l'Afrique de l'Ouest Unité Universitaire d'Abidjan, de Cocody, de Bouaké, de Bobodioulasso)
Révérends Pères, Révérendes Soeurs et Frères,
Chers amis étudiants et étudiantes
Chers invités,
Au nom du Révérend Père TOSSOU Raphaël, Président de l'UCAO-UUA que je représente à cette journée philosophique, et en tant que membre de notre famille scientifique, je vous souhaite à tous, mes voeux les meilleurs de science féconde, de santé de fer et de sainteté débordante. Que Marie notre mère continue d'intercéder pour nous auprès de son Fils qui est l'Excellent même que nous voulons imiter.
Nous voulons saluer et féliciter le Révérend Père Zacharie Béré, Doyen de la Faculté de Philosophie de l'UCAO-UUA, et le Conseil de Faculté pour cette initiative heureuse qui est la journée philosophique, remercier également les enseignants qui ont accepté de donner une conférence, en plus des cours qu'ils dispensent et les corrections des copies. Chers amis étudiants et invités merci d'être venus si nombreux.
Le thème que nous avons choisi cette année 2008 pour la journée philosophique est Libéralisme et Humanité. La philosophie grecque a été dominée, depuis le début par deux sortes de questions. Tout d'abord et avant tout se pose la question du Tout. La philosophie cherche à saisir la masse des choses données comme un Tout, c'est-à-dire qu'elle veut y découvrir un ensemble raisonnablement organisé. Au coeur de ce Tout, figure en bonne place, la question de l' homme. L'éthique antique, n'est-ce pas d'abord la bonne conduite de l'individu, de l'économie domestique ensuite, et de l'Etat enfin? Si l'homme est la pierre angulaire de l'édifice philosophique, la réflexion sur le libéralisme est aussi une brique importante qui conduit aussi à la même maison.
En effet toutes les définitions du libéralisme, ce concept équivoque, conduisent à l'homme. Sur un plan philosophico-politique qui est une dimension importante de l'homme, le libéralisme apparaît comme la doctrine politique suivant laquelle il convient d'augmenter autant que possible l'indépendance du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire, par rapport au pouvoir exécutif, et de donner aux citoyens, le plus de garanties possibles contre l'arbitraire du gouvernement. Ce libéralisme politique s'oppose à l'autoritarisme.
Si chez les Anciens en outre, l'éthique est une espèce de politique, la question de l'homme regarde d'une part la politique proprement dite qui a pour objet le tout qu'est la cité, d'autre part l'économie domestique qui a pour objet la famille, partie de la cité et donc partie de la politique proprement dite. L'homme devient ainsi le pivot essentiel de l'économie et par ce biais, le libéralisme économique a un lien très fort avec l'homme. Le libéralisme a donc une signification économique ou économico-sociale, désignant non plus une doctrine concernant l'organisation et l'exercice du pouvoir politique, mais une doctrine concernant les rapports entre l'Etat et l'économie, ou plus généralement l'Etat et la société, et favorable à la limitation de l'intervention publique. Précisons davantage: le libéralisme est la doctrine économique suivant laquelle l'Etat ne doit exercer ni fonctions industrielles, ni fonctions commerciales et ne doit pas intervenir dans les réalités économiques qui existent entre les individus, les classes ou les nations. Ce libéralisme économique s'oppose à l'étatisme ou même plus généralement au socialisme.
En choisissant de réfléchir sur le thème Libéralisme et Humanité, la Faculté de Philosophie de l'UCAO-UUA veut certainement quitter les sentiers du politique, du social et de l'économie, pour chercher à planter dans le coeur du système libéral, un supplément d'âme. Elle n'a pas choisi de parler d'humanisme, qui est une conception générale de la vie (politique, économique, éthique) fondée sur la croyance au salut de l'homme par les seules forces humaines. Elle voudrait plutôt parler d'humanité, de cette sympathie spontanée de l'homme pour ses semblables. N'est-ce pas cette sève qui permettra à ce grand arbre de croître, de la genèse du libéralisme, en passant par la recherche de ses sources chrétiennes, en passant par l'intérêt de ce système pour l'Afrique et son avenir pour la mondialisation.
Puisse cette irradiation qui nous vient de la Lumière Divine éclairer nos travaux de ce jour. Sur ce, je déclare ouverte, la journée philosophique 2008, je vous remercie.
Père AKE Patrice Jean, pakejean@hotmail.com
21 janvier 2008
QU'EST-CE QUE LE LIBERALISME
Le terme libéralisme est un terme équivoque. Communément il désigne le respect de l' indépendance d' autrui, la tolérance ou encore la confiance dans les effets heureux de la liberté. Mais surtout, le libéralisme est une tradition de pensée politique qui date du XIXè et du XXè siècle,bien qu' il existe diverses versions antérieures. Cet usage accidentel qui en est fait de nos jours dans la désignation des partis ou des tendances politiques augmente encore la confusion. On désigne notamment sous ce même nom, les doctrines qui considèrent comme un idéal l' accroissement de la liberté individuelle, les doctrines qui considèrent comme moyen essentiel de cette liberté, la diminution du rôle de l'Etat. Ces sens sont liés, car la liberté de l' individu n' est pas moins restreinte par les associations de tout genre que par l'Etat, si celui-ci n' intervient pas pour en limiter la puissance. Philippe Petit, par exemple, dans le Dictionnaire d' éthique et de morale propose une conception du libéralisme qui n' est pas très éloignée de son sens orthodoxe, mais il faut noter que ce terme est parfois interprété d' une manière tout à fait différente. Manent définit le libéralisme comme "le projet récurrent de trouver pour l'Etat une justification laïque, qui serait à l' abri de toute usurpation religieuse, absolutiste, et même populiste"(1). Pour P. Bénéton, en français, le mot libéralisme apparaît pour la première fois en 1818 sous la plume de Maine de Biran au sens de "doctrine favorable au développement des libertés"(2). Quant à Lalande, il atteste que les Liberales (premier emploi du terme) sont le parti espagnol qui, vers 1810), veut introduire en Espagne le parlementarisme du type anglais(3). L'anglais liberalism est attesté avec un sens voisin depuis 1819 par le Oxford English Dictionary. Depuis, les mots libéral, libéralisme ont connu une grande fortune, ils ont qualifié des mouvements ou des programmes politiques, variables selon les contextes historiques, ils se sont enrichis de nouvelles significations (s'étendant en particulier au domaine de l'économie) et, rançon de ce succès, ils se sont, dans le vocabulaire courant, chargés d'ambiguïtés. Entendu comme désignant une doctrine, ce mot a connu diverses variantes et il faut signaler en particulier une ligne d'évolution et une variante nationale.
1) DEFINITIONS
Au sens originel, le mot libéralisme s'applique à une doctrine qui s'attache à la liberté politique et à la liberté de conscience. Or au sein du vocabulaire politique courant, ce sens a vieilli. Les idées libérales "classiques" (séparation de l'Eglise et de l'Etat, refus de l'autocratie, de l'inégalité de droit, limitation constitutionnelle du pouvoir...) sont devenues choses quasiment incontestées au sein des démocraties occidentales. Le libéralisme politique a en quelque sorte gagné la partie - mais non pas sur le plan du vocabulaire. Ce qui appartient au libéralisme est en effet généralement attribué à la démocratie, la démocratie étant le plus souvent assimilée à la démocratie libérale. En d'autres termes, parce que dans le vocabulaire courant le libéralisme politique apparaît consubstantiel à la démocratie, le mot démocratie a en quelque sorte effacé le mot libéralisme entendu dans son sens politique. Ainsi, pour nous résumer, le libéralisme est la "doctrine politique suivant laquelle il convient d'augmenter autant que possible l'indépendance du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire par rapport au pouvoir exécutif, et de donner aux citoyens le plus de garanties possibles contre l'arbitraire du gouvernement"(4). Il s'oppose à autoritarisme.
Mais le terme libéralisme a pris aussi une signification économique ou économico-sociale, désignant non plus une doctrine concernant l'organisation et l'exercice du pouvoir politique mais une doctrine concernant les rapports entre l'Etat et l'économie ou plus généralement l'Etat et la société, et favorable à la limitation de l'intervention publique. Ainsi, dans un second sens, le libéralisme est la "doctrine économique suivant laquelle l'Etat ne doit exercer ni fonctions industrielles, ni fonctions commerciales, et ne doit pas intervenir dans les réalités économiques qui existent entre les individus, les classes ou les nations. On dit souvent, en ce sens, libéralisme économique."(5). Il s'oppose à étatisme, ou même plus généralement à socialisme.
Il faut distinguer cependant le cas des Etats-Unis où le terme a pris aujourd'hui une signification qui l'oppose au libéralisme à l'européenne. La nation américaine est née libérale et le libéralisme politique y est resté quasiment incontesté (il n'y a jamais eu de parti libéral aux Etats-Unis, faute d'Ancien Régime et de parti conservateur). La tradition américaine est libérale mais elle n'a pas été dénommée comme telle. L'usage américain est donc distinct de l'usage européen et à l'époque contemporaine, le mot en est venu à désigner des idées qui s'apparentent grosso modo aux idées social-démocrates européennes. Le libéralisme au sens américain est donc à "gauche" et il s'oppose en particulier au libéralisme économique économique tel qu'il est compris de ce côté-ci de l'Atlantique. Au sein du vocabulaire académique (du moins celui de philosophie politique et de l'histoire des idées), les choses sont plus nettes même si ne manquent pas difficultés et controverses. Compris comme une doctrine politique ou/et économique, le libéralisme n'est pas seulement antérieur au mot lui-même, il a des racines anciennes. Il a aussi différentes formes: le libéralisme de Madison n'est pas celui d'Hayek, celui de Bentham n'est pas le libéralisme de Tocqueville. Les frontières de la pensée restent dans une certaine mesure imprécises ou controversées(Burke est-il conservateur ou libéral?) Il est cependant possible de dégager (schématiquement) les lignes fondamentales du libéralisme, c'est-à-dire d'une vision libérale de l'ordre social, avant d'en distinguer les deux principales variantes.
Le libéralisme appartient à la pensée moderne où, pour reprendre le découpage de Leo Strauss, il apparaît à l'issue de la première vague de la modernité. Il prend forme aux XVIIè et XVIIIè siècles avec Locke, Montesquieu, Adam Smith et il poursuit tout en le modifiant le travail des pionniers de la pensée moderne (Machiavel et Hobbes en particulier) avec un succès remarquable qui s'incarne dans la fondation de la République américaine. Mais quelles sont les composantes essentielles du libéralisme à l'américaine?
2) LES COMPOSANTES ESSENTIELLES DU LIBERALISME A L'AMERICAINE
Les composantes essentielles du libéralisme à l'américaine, qui sont autant d'idées modernes sont les suivantes:
1) Le libéralisme participe au mouvement de sécularisation de la politique. Contre la tutelle exercée par l'Eglise sur le temporel au Moyen Age, contre l'intervention du bras séculier dans les affaires religieuses (pèse évidemment le souvenir des guerres de Religion), la pensée libérale revendique l'indépendance du politique vis-à-vis du religieux. La religion est considérée comme une affaire privée, elle doit être tenue hors de la sphère de la politique. Le spirituel perd sa primauté. Les choses de la terre et donc celles de la politique sont revalorisées et elles sont pensées non plus à partir d'un ordre naturel créé par Dieu mais à partir de l'homme lui-même. Dans un troisième sens, le libéralisme est la "doctrine politico-philosophique d'après laquelle l'unanimité n'est pas une condition nécessaire d'une bonne organisation sociale, et qui réclame pour tous les citoyens la "liberté de pensée"(6)
2) Le libéralisme est également moderne en ce qu'il rejette la subordination de la politique et de l'économie à la morale. Selon la philosophie classique et médiévale, la politique doit réaliser les conditions de la bona vita (saint Thomas d'Aquin), c'est-à-dire de la vie conforme aux exigences de la nature humaine. Parce que le mal est dans l'homme et que l'homme est ordonné à la vertu, la politique comme l'économie est soumise à la morale. La pensée moderne tient cette norme pour irréaliste et dangereuse. Il faut "prendre les hommes tels qu'ils sont" et nouer la société à partir des désirs réels des hommes. La solution libérale qui vise à se passer de la contrainte tout en faisant l'économie de la vertu est donnée par Locke. Avec prudence, contre la tradition, Locke avance que le désir d'acquisition, loin d'être mauvais par essence, est, convenablement orienté, profitable et raisonnable. Il donne à la société civile un fondement grossier mais solide. L'enseignement politique de Locke est la version prosaïque de la révolution amorcée par Machiavel et continuée par Hobbes. La découverte machiavélienne - la nécessité d'un substitut immoral ou amoral à la moralité - n'est devenue chose admise que grâce à la découverte de Locke que ce substitut était l'intérêt. "L'économisme est la formule machiavélienne devenue majeure"(7). La solution libérale passe alors non plus par l'élévation morale de l'homme mais d'abord par un bon agencement des institutions propre à canaliser ou à combiner les passions dans un sens favorable à la paix civile et à la liberté individuelle. Le libéralisme troque en quelque sorte la vertu contre la liberté. "The pursuit of happiness" selon la formule célèbre de Jefferson dans la Déclaration d'indépendance américaine, devient une affaire privée; à chacun de définir son intérêt, à chacun de donner un sens à sa vie. La fin de la politique n'est plus l'excellence humaine mais la préservation des droits de chacun. Le libéralisme est l'héritier du droit naurel moderne qui, au rebours du droit naturel classique, insiste non sur les devoirs de l'homme mais sur ses droits. Ces droits appartiennent de nature à tous les hommes - qui sont donc égaux en droit - et ils fixent des bornes au pouvoir de l'Etat. Le pouvoir est l'ennemi naturel des droits de l'homme, en particulier de la liberté, il importe donc de le limiter.
3) La limitation du pouvoir passe d'abord par certaines modalités de son organisation interne. Ces modalités sont définies par la théorie constitutionnelle libérale qui donnera pour une large part sa forme aux institutions occidentales. Le premier principe est celui de la séparation ou de la division des pouvoirs. Cette division des pouvoirs est conçue, par Montesquieu, par les Founding Fathers de la Constitution américaine, comme un système propre à faire obstacle au jeu nocif des passions politiques. En pratique, il s'agit d'agencer les pouvoirs de manière à prévenir par le butoir que les uns opposent aux autres. "Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, écrit Montesquieu dans une formule célèbre, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir"(8). En d'autres termes, il faut créer un rapport de forces favorables à la préservation de la liberté. Le second principe est celui de la suprématie du droit. La liberté est incompatible avec l'arbitraire, elle exige une protection, celle de la règle de droit, et la pensée libérale n'a cessé d'insister sur la nécessité de substituer l'obéïssance à la loi à la sujétion à des maîtres. Les gouvernants sont eux-mêmes soumis au droit - la Constitution, "garantie de la liberté d'un peuple"(9) - et le gouvernement ne doit pas être le gouvernement des hommes au travers des lois mais le gouvernement de règles générales, impersonnelles et justes ou la nomocratie.(10)
4) La limitation du pouvoir suppose également de restreindre son étendue. Le libéralisme dépolitise" des pans entiers de l'activité humaine: la religion, la morale dans une certaine mesure et aussi l'économie. C'est Adam Smith qui d'une certaine manière achève le travail de Locke et consacre l'autonomie de l'économie vis-à-vis de la morale et de la politique. A. Smith découvre un ordre autonome, le marché, ou selon son expression le système de la "liberté naturelle", qui a sa logique propre et combine les sentiments des hommes dans le sens de leurs intérêts. Grâce au marché (un système), on peut donc, en se passant à la fois de la vertu et de la contrainte, obtenir une coopération entre les hommes qui de plus assure la prospérité. Ce libéralisme économique est sans doute distinct du libéralisme politique - et les relations entre l'un et l'autre ne sont pas identiques d'un pays à l'autre - mais il appartient fondamentalement au même mouvement de pensée et à la même vision d'ensemble de l'ordre social, pensé à partir des désirs réels des hommes (qu'il faut articuler de manière favorable) et avec pour objectif la préservation de la liberté individuelle et donc la limitation du pouvoir. La parenté d'inspiration est particulièrement frappante dans le cas américain.
Les développements précédents n'échappent évidemment pas à un certain schématisme. Dans le détail les choses sont plus compliquées et il y a diverses variantes. Comment classer ces variantes? Nulle distinction ne s'est jusqu'à présent imposée. A titre d'approximation, il lest possible de distinguer deux principales versions du libéralisme. D'un côté, un libéralisme à tendance ou composante conservatrice, celui des "fondateurs" (Locke, Montesquieu, Adam Smith...), celui de Tocqueville, dont les héritiers contemporains sont en particulier les représentants de l'ordo-libéralisme allemand et du néo-conservatisme américain, notamment W. Röpke et I. Kristol. De l'autre, un libéralisme plus radical qui trouve son expression dans l'utilitarisme benthamien et se prolonge dans le libéralisme contemporain à endance libertarienne (M. Friedman, R. Nozick), ou libertarien - F.A. Hayek se rattache avec des nuances à ce libéralisme radical. Ces deux versions du libéralisme se distinguent pour l'essentiel par leurs interprétations de l'utilitarisme libéral et de l'individualisme libéral. Le libéralisme radical prône grosso modo un utilitarisme pur: l'homme n'est mû que par son intérêt et le bien n'est jamais que cet intérêt, il n'est que ce que l'individu considère comme tel. Dans cette optique le marché doit s'étendre autant que possible et l'Etat se réduire à un Etat minimal. Le libéralisme conservateur s'accorde avec ce libéralisme raidcal pour refuser que l'Etat prenne en charge l'individu au nom du Bien mais il ne rejette pas totalement la morale dans la sphère privée, pas plus qu'il ne considère l'homme comme un pur homo oeconomicus. Le marché et davantage encore le régime démo-libéral ont besoin pour fonctionner d'un minimum de moralité ou de vertu. L'ordre social ne peut être uniquement fondé sur l'intérêt et l'Etat ne peut rester indifférent à la définition que les individus en donnent: cet intérêt n'est légitime que s'il est droitement entendu, comme le pensaient les "fondateurs". En d'autres termes, le libéralisme conservateur n'entend pas que l'autorité publique abdique toute responsabilité morale, pas plus qu'il ne récuse toute responsabilité publique en matière sociale. D'autre part, dans l'esprit du libéralisme conservateur, l'individu ne doit pas être abandonné seul et sans bagages, livré à ses seuls désirs. Ainsi, Adam Smith, comme les Founding Fathers, considérait comme acquis le rôle moral et l'influence modératrice d'un ensemble d'institutions: les religions instituées, la famille, le système d'éducation. Dans le même sens, le libéralisme conservateur insiste sur le rôle des structures intermédiaires (la famille, les associations, en particulier) qui sont à la fois des contre-pouvoirs et le moyen d'éviter l'atomisation de la société, l'isolement de l'individu. En revanche, le libéralisme radical pousse à l'extrême l'individualisme libéral. La version libérale radicale prône une solution pure. Le libéralisme fait peser sur l'homme la charge de la liberté. Le libéralisme conservateur cherche à l'alléger, le libéralisme radical considère l'homme comme apte à en supporter tout le poids.
BIBLIOGRAPHIE
I. KRISTOL.- Reflections of a Neoconservative, (New York, Basics Books, 1983).
H. LEPAGE.- Demain le libéralisme, (Paris, le livre de poche, 1980).
B. MANIN.- "Les deux libéralismes: marché ou contre-pouvoirs", Intervention, 9, mai-juin-juillet, 1984
P. ROSANVALLON.- Le capitalisme utopique, (Paris, Seuil, 1979)
L. STRAUSS.- Natural Right and History, (Chicago, Chicago University Press, 1953; trad. franç. Droit naturel et histoire (Paris, Plon 1954)
E. VOEGELIN.-Liberalism and its History" in Review of Politics 36 (4), octobre 1974.
_______________________________________________________________________________________
1) Philippe Petit "libéralisme" in Dictionnaire d'éthique et de morale (Paris, PUF 1996), p. 826
2) P. Bénéton " Libéralisme" in Encyclopédie Philosophique universelle II. Les Notions Philosophiques. (Paris, PUF, 1990), p. 1467.
3) A. Lalande Vocabulaire Technique et Critique de la Philosophie (Paris, PUF 1972), p. 557
4) A. Lalande Vocabulaire Technique et Critique de la Philosophie (Paris, PUF 1972), p. 557
5) A. Lalande Vocabulaire Technique et Critique de la Philosophie (Paris, PUF 1972), p. 557
6) A. Lalande Vocabulaire Technique et Critique de la Philosophie (Paris, PUF 1972), p. 557
7) Leo Strauss in Les Notions Philosophiques, p. 1467.
8) De l'Esprit des Lois in Les Notions Philosophiques, p. 1467.
9) Benjamin Constant in Les Notions Philosophiques, p. 1467.
10) Bertrand de Jouvenel in Les Notions Philosophiques, p. 1467.
Dr AKE Patrice Jean, pakejean@hotmail.com
hommage au Père GASTON SANON
QUI EST L’ABBE GASTON SANON ?
1) Né le 1er Octobre 1939, à Kokorowé en Haute Volta, actuel Burkina Fao, le Père Gaston Sanon est issu d’une famille chrétienne. Il est le 1er garçon de 8 enfants, héritier des coutumes traditionnelles de la famille.
2) Rentré tardivement à l’école primaire pour cette raison, à l’âge de 8 ans néanmoins, il fut le 1er certifié de son village en 1953.
3) Après l’obtention de CEPE, contrairement à son rêve d’être un agent de santé, par amitié pour un cousin, il rentre avec lui au petit séminaire de Nasso où des raisons de santé l’obligent à étudier le programme de la classe de 5è à la maison, comme autodidacte ; ce qui ne l’empêcha pas d’occuper la 2è place à l’examen de passage en classe supérieure. Chemin faisant au séminaire de Nasso, à la veille du BAC, le cousin ne sentant plus l’appel au sacerdoce, lui proposa d’intervertir les rôles : lui, devenant médecin pour s’occuper des corps, à la place de l’Abbé Gaston qui deviendrait prêtre à sa place pour s’occuper des âmes. Marché conclu sans problème puisque l’objectif commun était de se mettre au service des autres.
4) Père Gaston fut le 1er de liste dans tout le Burkina à l’obtention du Bac A en 1961 (il faut savoir qu’à l’époque que, allaient en A, ceux qui étaient bons dans toutes les matières). Il résista à des sollicitations pour l’école militaire de St Cyr qui offrait beaucoup d’avantages matériels, à ce lendemain des indépendances, pour rentrer au Grand Séminaire de Koumi.
5) Il sera le seul prêtre de sa promotion à être ordonné par Mgr André Dupon pour le compte du Diocèse de Bobo-Dioulasso, le 1er Juillet 1967.
6) De 67 à 69, il servira comme vicaire aumônier des lycées et collèges et mouvements de jeunes, à la Paroisse Ste Famille de Tounouman à Bobo-Dioulasso.
7) En Septembre 69, il fut envoyé en France pour un stage de formation qui se prolongea en 8 années d’études conclues par 3 doctorats de 3è cycle avec Mention Très Bien, en Philosophie(Philosophie Africaine), en Théologie (Dogmatique), en Sociologie (Sciences de l’éducation).
8) Comme expérience pastorale et professionnelle, sur ces 40 ans de ministère sacerdotale, l’Abbé Gaston n’a passé que 2 ans en ministère paroissiale, et le reste dans l’enseignement, qui a toujours été pour lui un ministère sacerdotal, une mission d’Eglise. C’est ainsi qu’il a enseigné à l’Université de Ouagadougou, au Grand Séminaire de Koumi, au Grand Séminaire de Bamako e de N’Djaména comme missionnaire. La majeure partie de cette vie d’enseignant fut consacrée à l’UCAO à Abidjan, de 1983 à 1993, comme professeur missionnaire et de 1994 à 2004 comme professeur permanent.
9) A ceux qui ne le sauraient pas, c’est le Père Gaston Sanon qui a insisté pur que le projet de philosophat de l’UCAO se réalise plutôt en Faculté de Philosophie, et que les diplômes soient reconnus comme diplômes d’Etat au Conseil Africain et Malgache de l’Enseignement Supérieur (CAMES) ; ce qui a facilité la reconnaissance des diplômes d’autres facultés de l’UCAO. C’est certainement l’une de ses consolations dans son ministère sacerdotal comme enseignant.
10) Ceux qui le connaissent savent que le Père Gaston est un homme toujours partant pour le changement et d’être toujours serviable. C’est ainsi que dès la classe de 6è, il a dû lutter contre la coutume face au chef du village, pour qu’il y ait plantation d’arbres autres que les arbres cultuels autorisés. Aujourd’hui Kokorowé est l’un des villages les plus verdoyants de la région, renommé pour sa « guinguette ». Une autre satisfaction morale, c’est d’avoir obtenu l’implantation d’une école publique dans son village, d’où sont déjà sortis des cadres de la Fonction Publique.
Après 40 ans de sacerdoce ministériel, avec ses hauts et ses bas, le Père Gaston nous confie que ce qui l’a soutenu et le soutient toujours, c’est la vérité du Christ : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis. » Le Christ savait donc à quoi il s’engageait et le choisissant et il est resté fidèle à son engagement. Il l’en remercie ainsi que tous ceux qui l’ont aidé à reconnaître sa présence dans sa vie.
19 janvier 2008
Introduction à la philosophie politique
1. INTRODUCTION
Le XXè siècle aura été un siècle marqué par la politique, avec toutes les promesses et toutes les tragédies qu' une telle perspectives évoque. Aux horreurs de guerres mondiales et de conflits ethniques de proportions jusque-là inégalées auront répondu, selon un mouvement incessant de va-et-vient, la proclamation la plus décidée des droits universels de l' être humain et la vision la plus large d' une communauté internationale cimentée par des normes juridiques, morales et politiques capables de faire front aux pires outrages et aux inhumaines déchirures. Parallèlement, aucune époque n' aura sans doute présenté une recomposition si frappante du champ religieux, tant en ce qui concerne les relations internes du christianisme(oecuménisme) qu'en ce qui touche au dialogue interreligieux. Or, il faut bien voir que ces deux mouvements - politisation du monde et redéploiement du religieux - entretiennent entre eux des rapports complexes.
Instruit des contradictions de la rébellion guévariste comme de la politique socialiste, Régis Debray a pu écrire une fort éclairante Critique de la raison politique(1), montrant notamment comment, dans l'autonomisation déraisonnable des pouvoirs, s' énonce un "inconscient religieux", nouvel absolu totalitaire sans contrôle et sans partage, déconnectée de toute visée éthique. De son côté, le groupe "Socialisme ou barbarie", animé par Claude Lefort, Cornelius Castoriadis et Edgar Morin, prenant congé de l' idéologie marxiste, avait dénoncé le totalitarisme d' une politique saturée de pouvoir, et ne laissant plus aucune place à un "centre vide"(2), condition sine qua non d' une vie démocratique authentique. Marcel Gauchet avait mis en évidence la ligature du religieux et du politique, en appelant à une "sortie de la religion" qui ne soit pas absolutisation du politique(3). En effet, cette "histoire politique de la religion" (comme dit le sous-titre de l' ouvrage), en déroulant les transformations modernes et post-modernes de la religion, enlève du même coup au monde de l' institutionnel et du politique tout droit de tutelle sur la position subjective de l' individu, lieu de problématisation incessante. Quant à Gilles Kepel, son hypothèse d' une "revanche de Dieu"(4) passant par les fondamentalismes propres aux trois religions monothéistes conduisait tout droit au concept des "politiques de Dieu"(5). Un tel concept implique que la découverte du sens, censée fonder la justification du politique, se joue à même le religieux.
Nous assistons donc à un retournement spectaculaire des effets supposés du processus de sécularisation: loin de s' émanciper de la tradition et de la religion, le politique, pour se constituer, refait appel à elles, que ce soit pour restaurer un système hiérarchique ou pour fonder un système démocratique.
Traiter du politique ou de la politique dans une vision catholique, c' est s' interroger sur les destins croisés et ambivalents du religieux et du politique, tout en prêtant attention à leur configuration spécifique en régime d' expérience catholique. La manière dont le Concle Vatican II parle des rapports entre l'Eglise et la communauté politique est très suggestive. Dans Gaudium et Spes, les Pères Conciliaires affirment sans ambages "L'Eglise...ne se confond d' aucune manière avec la communauté politique et n' est liée à aucun système politique...(Elle) est à la fois le signe et la sauvegarde du caractère transcendant de la personne humaine"(6). Ainsi, poursuit le Concile "Sur le terrain qui leur est propre, la communauté politique et l'Eglise sont indépendantes l' une de l' autre et autonomes. Mais toutes deux, quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes"(7)
2 LE POLITIQUE ET LA POLITIQUE
2.1. LE SENS DE LA VIE POLITIQUE
Le terme "politique" est polysémique. Au féminin, il désigne une activité au service de la cité. Au masculin, il désigne d' une part l' essence ou la nature de la visée de cette activité, d' autre part l' homme, le citoyen, qui s' y livre ou même s' y consacre (le terme "politicien" a généralement une nuance péjorative et nous ne l' emploierons que pour désigner une pathologie de l'homo politicus). Ces trois significations sont si étroitement imbriquées que nous ne pourrons pas les traiter séparément.
Il n' y a de politique qu' à l' intérieur d' une cité, quelles que soient les dimensions de celle-ci. Elle suppose donc l' existence d' une communauté humaine dont les membres (individus et groupes) ont la volonté de vivre ensemble, d' avoir et de créer une histoire propre. Cette volonté s' enracine dans un passé, à la fois historique et mythique. Il n' y a pas de cité sans tradition et respect de cette tradition. Mais il n' y a pas non plus de cité sans projet d' avenir. Entre tradition et projet d' avenir il peut y avoir une tension; il arrive que le projet rompe avec la tradition. Il ne l' évacue pourtant jamais complètement. On appelle révolution le moment historique, qui peut être brutal ou s' étendre dans la durée, où entre tradition et projet la cassure est nette. L' un des exemples classiques est celui de la Révolution française: non seulement les institutions et les législations ont été bouleversées de fond en comble, mais (et c' est sans doute encore plus important) les acteurs sociaux de la Révolution ont, par l' exécution du roi Louais XVI, accompli ce que la psychanalyse appellera le "meurtre du père": en effet, le roi, père de ses sujets, était à la fois le porteur et le garant de la tradition. Toutefois, même si les contemporains ont vécu la Révolution comme une rupture de l' ordre ancien, avec le recul on s' aperçoit qu' elle n' a pas mis à mort la tradition et qu' elle a raconterai poursuivi l'oeuvre d'unification et de centralisation qui avait caractérisé la royauté depuis des siècles. Continuité et progrès, tradition et révolution sont la caractéristiques de la politique.
L'existence d'une communauté d'hommes et de femmes décidés à vivre ensemble n'est pas l'unique condition de la politique. Elle n' en est que la plus fondamentale et elle en appelle nécessairement une seconde: l'existence d'un pouvoir organisateur qui permet à cette vie commune de ne pas se désagréger. Si la première condition peut être dite horizontale, la seconde est dite verticale parce qu'elle s'exerce de haut en bas. A l' époque moderne, on appelle État ce pouvoir organisateur. Il faut bien voir que si la dimension horizontale, que nous pouvons appeler la nation, est une réalité concrète, dont il est possible de donner une description sociologique, voire psychologique (psychologie des peuples), l'Etat n'est pas une communauté concrète, c'est un être abstrait qui ne devient visible que dans ses incarnations concrètes: le gouvernement, les autorités régionales et locales, les diverses formes d' administration. Ces formes concrètes sont susceptibles de se transformer, mais l'Etat substitue sous ces transformations. Sa disparition est certes possible pour un temps très court: il peut y avoir (quoique les exemples en soient rares) une période d'anarchie, au sens propre de ce mot. Mais l'anarchie se révèle insupportable parce qu'elle prive les hommes de tout repère, de tout critère d'action, de toute sécurité. Tel le phénix, l'Etat renaît de ses cendres: il se donne une nouvelle constitution, il confie l'exercice du pouvoir à d'autres hommes représentatifs, à d'autres forces sociales. En disant: "l'Etat, c'est moi", Louis XVI s'est lourdement trompé. Il voulait dire, ce qui était peu près exact, qu'il concentrait tous les pouvoirs. Mais Louis XIV est mort et l'Etat n'a pas été enseveli avec lui.
L'Etat n'exerce son pouvoir que dans des limites territoriales précises: à notre époque, ces limites définissent souvent une nation, éventuellement un groupe de nations, parfois d'autres regroupements. Mais il n'est nullement inconcevable qu'apparaissent des formes d'Etat supranationales. On les a connues dans le passé lorsque par suite des avatars de la politique et des guerres, des nations consentantes ou non se trouvaient réunies sous la même autorité étatique (par exemple l'Etat austro-hongrois). La conscience nationale s'étant renforcée nous avons assisté à la disparition des grands empires: la dislocation de l'Union soviétique est un exemple récent particulièrement significatif. Mais une autre forme étatique supranationale se dessine aujourd'hui. Pour des raisons économiques, mais aussi politiques et culturelles, des Etats-nations sont amenés à abandonner une partie importante de leur souveraineté au profit de ce qui n'est pas encore un Etat, mais en présente déjà certaines caractéristiques; il convient de citer ici l'union africaine, la construction européenne, bien qu'elles n'aient pas encore atteint le degré intermédiaire de fédération d'Etats. L'Afrique(Europe) sera un Etat, réunissant sous son autorité des nations diverses qui conserveront leur identité et une grande partie de leur souverainté interne, le jour où elle disposera non seulement d'une monnaie et d'une défense coordonnée, mais élaborera une politique étrangère commune, développera une législation propre directement applicable et donnera à la citoyenneté africaine une pleine valeur.
Le débat est loin d'être terminé entre les tenants d'une identité étatique nationale et ceux d'une identité étatique supranationale. Nous noterons ici deux perspectives différentes qui apportent une contribution au débat. D'un côté, un auteur comme Denis de Rougemont s'est livré à une critique radicale de l'idée même de l'Etat-nation(8), au nom d'une vision fédéraliste et autogestionnaire de la démocratie et de l'Europe, mais on peut craindre qu'il y ait là une utopie reposant en dernière instance sur un refus de toute organisation politique véritable, et donc de l'Etat lui-même. D'un autre côté, le philosophe Jean-Marc Ferry(9), à la suite de Jürgen Habermas, a palidé avec vigueur pour l'idée d'une identité postnationale, basée non plus sur le sentiment national, mais sur un patriotisme constitutionnel garantissant les fondements démocratiques de l'Etat de droit.
Il est possible que nous sortions de l'ère des Etats-nations qui a connu son triomphe aux XIXè siècle et au XXè siècles, mais cette évolution est lente et se heurte à des résistances qu ajillissent du tréfonds des consciences nationales. Quels que soient les contours politiques et les frontières géopolitiques des Etats de demain, le problème de la légitimation des Etats de demain et de la définition normative de leurs relations mutuelles ne saurait être éludé; il continuera à conditionner le développement intérieur et extérieur des peuples et à tracer le cadre des relations internationales et de la paix mondiale.
La vie politique consiste à s'emparer du pouvoir et à s'efforcer de le garder. Il y a démocratie là où la conquête et la conservation du pouvoir reposent sur des élections libres organisées périodiquement et à des dates fixes. Il n'y a plus démocratie lorsque le pouvoir ne se maintient que grâce à l'existence d'un parti unique, reputé seul légitime et lorsque la consultation populaire se métamorphose en plébiscite d'un homme, d'un groupe d'hommes et de forces sociales qui l'ont porté au pouvoir. Alors que les anciens (et notamment Platon), mais aussi les modernes (Montesqieu), pouvaient distinguer au moins qutre formes de régimes politiques, il n'est guère possible aujourd'hui, malgré la diversité des constitutions et des institutions, de repérer autre chose que la démocratie et la dictature. Cette dernière trouve son point d'appui dans l'armée et la police, mais, plus discrètement, dans certaines forces économiques dominantes.
La démocratie a pour règle le respect de la volonté de la majorité des citoyens, volonté qui s'exprime dans des élections libres. Le postulat implicite de ce régime politique est que la raison et la vérité sont du côté de la majorité. Ce postulat est bien sûr indémontrable, même si l'on pense comme Descartes que "le bon sens est la chose du monde la mieux partagée". Il est donc important d'introduire dans le fonctionnement du régime démocratique divers correctifs. En principe, un parlement élu démocratiquement n'a pas le pouvoir de voter n'importe quelle loi. Il faut que cette loi soit en conformité avec la constitution, c'est-à-dire avec un ensemble de principes que le peuple s'est certes donné, mais par lesquels il abdique pour la suite de l'histoire une part de son arbitraire. Aussi voit-on dans beaucoup d'Etats modernes l'existence d'une cour institutionnelle qui se prononce de façon souveraine sur la constitutionnalité ou l'inconstitutionalité des lois votées par le Parlement. L'efficacité de cette instance est d'autant plus grande qu'elle est composée d'un petit nombre d'hommes et de femmes ayant donné des preuves de leur impartialité et de leur compétence. Dans les sociétés sécularisées , la constitution joue un rôle analogue à celui que jouait le Décalogue pour le peuple d'Israël ou le droit naturel pour l'Europe christianisée. Car contrairement à une interprétation laïciste du processus de sécularisation et de l'évolution du droit positif, on doit admettre ici la nécessité vitale d'ne référence supra-positive, susceptible de légitimer un véritable Etat de droit et de fonder une possible résistance à son égard.
D'autres correctifs peuvent et devraient être conçus, par exemple des dispositions qui, à l'intérieur de la nation, protègent les droits de la minorité, occasionnelle, mais surtout permanente, minorité qui n'a pas la possibilité d'être représentée de façon significative au sein du Parlement. Il peut s'agir de minorités ethniques ou religieuses qui ont besoin d'être protégées pour conserver leur identité, ou encore de minorités politiques battues lors d'une consultation électorale, mais qui conservent pour l'avenir leurs chances d'accéder à nouveau au pouvoir. Les politologues peuvent légitimement soutenir la thèse que dans un parlement démocratique, il n'est pas bon qu'il y ait une majorité écrasante qui puisse faire la loi sans considération pour les minorités. Mais nous entrons ici dans le domaine du désirable, qui ne peut guère être déterminé par des dispositions légales. Il est souhaitable qu'une majorité écrasante sortie des urnes sache dominer sa victoire et qu'elle suscite une opposition qui constitue un contre-pouvoir.
Nous avons jusqu'à présent examiné le seul cas où, par la voie des élections, les citoyens désignent des représentants, donc le cas de la démocratie parlementaire ou indirecte. C'est en règle générale le système adopté par les grandes nations, surtout lorsqu'elles n'ont pas de structure fédérale, alors que des pays plus petits (la Suisse par exemple) peuvent recourir, soit pour un canton, soit pour l'ensemble des cantons, à la démocratie directe, appelée encore référendum populaire. Ce système présente l'avantage que tous les citoyens participent personnellement à la formation de la loi, car il peut se creuser rapidement un écart entre les représentants de la population et leurs mandants. De là diverses tentatives pour ouvrir aux simples citoyens qui réunissent un nombre suffisant de signatures la possibilité d'obtenir l'organisation d'un référendum. Mais il est évident que le maniement de l'arme référendendaire est délicat: pour que le référendum ait une valeur politique, il faut que la question posée soit d'une clarté et d'une simplicité telles qu'il n'y ait dans l'esprit des citoyens aucune ambiguité possible.
La politique, étant donné ses liens accrus avec l'économie et par là même avec le progrès technologique et la science, a cessé d'être une simple question de bon sens, même si elle le requiert toujours. Il résulte de sa complexité même qu'elle a sans cesse besoin d'être expliquée et que l'un des problèmes de l'Etat moderne est celui de la communication (comme en témoigne l'apparition relativement récente de ministères de l'Information, de la Communication et des Nouvelles Technologies de l'Information). La presse écrite, dont on ne saurait sous-estimer le rôle, n'est plus la première source d'information: elle est supplée par les moyens audiovisuels qui apportent aux auditeurs et aux téléspectateurs une masse presque excessive d'informations immédiates sur les événements proches ou lointains. Le journal, et à plus forte raison, l'hebdomadaire, le mensuel ou la revue, sont forcément en retard par rapport à l'audiovisuel, mais ils demeurent indispensables en tant que commentaires, explications, mises en perspective des événements. Tous ces moyens d'information sans lesquels il y aurait démobilisation et dépolitisation de l'opinion présentent suivant les époques et les régimes politiques un risque plus ou moins accentué, mais jamais nul, de manque d'impartialité, qui ne peut être ignoré ni ne saurait être totalement supprimé. Car il n'est pas de politique sans passion. Sans doute celle-ci peut-être mesurée, refrénée, enchâssée dans la réflexion: elle n'est jamais réduite au niveau zéro. La dépolitisation de la société ivoirienne est le signe d'une société qui s'ennuie, peut-être en raison de son extrême manque de pouvoir d'achat et qui cherche le repas quotidien au lieu de s'intéresser aux turpitudes des hommes politiques. Saint Simon (1760-1825) et Cournot (1801-1877) se sont trompés lorsqu'ils ont prophétisé le règne des "industriels", nous dirions aujourd'hui des technocrates et des managers. Cournot a porté sur sa doctrine un jugement critique qui la condamne: il a annoncé la fin de l'histoire qui est aussi la fin de toute passion, y compris celle, si importante en politique, de l'espérance de temps nouveaux ou d'un nouveau démarrage de l'histoire. C'est pourquoi il n'est pas rare d'entendre les politiciens promettre le bonheur: promesse trompeuse, certes, mais significative.
2.2. L'ORDRE ET LA JUSTICE
A suivre...........
_____________________________________________________________________________________________
1) DEBRAY(Régis).- Critique de la raison politique (Paris, Gallimard, 1981)
2) LEFORT cité dans MEHL (Roger) et MULLER (Denis).- " Politique" dans Encyclopédie du protestantisme (Paris, PUF, ), p. 1073
3) GAUCHET(Marcel).- Le désenchantement du monde, (Paris, Gallimard, 1985)
4) KEPEL(Gilles).- Revanche de Dieu, (Paris, Seuil, 1991)
5) KEPEL(Gilles).- Politiques de Dieu, (Paris, Seuil, 1993)
6) L'Eglise dans le Monde de ce Temps n°76, §2
7) Ibidem, §3
8) ROUGEMONT(Denis de).- L'avenir est notre affaire, (Paris, Stock, 1977)
9) FERRY(Jean-Marc).- Les puissances de l'expérience, 2vol. (Paris, Cerf, 1991)
15 janvier 2008
Conseils pour entrer en carême
Le Carême chrétien, c’est
40 jours de préparation
Dans la Bible, le temps d’une maturation se compte en 40 unités. Comme les 40 semaines que passe le petit d’homme dans le ventre de sa mère avant de venir au jour, ou les 40 ans passés au désert par le peuple d’Israël avant d’entrer dans la terre promise, ou encore les 40 jours de jeûne de Jésus avant sa vie publique. Pendant le Carême, les chrétiens se préparent à revivre la Pâque de Jésus. Avec les catéchumènes qui recevront le baptême dans la nuit pascale, tous les chrétiens refont un chemin de conversion, de pénitence, pour une nouvelle naissance. Symboliquement, les dimanches ne sont pas comptés dans les 40 jours : le dimanche commémore la résurrection du Seigneur et le relèvement des chrétiens. Il ne peut être jour de pénitence.
3 sacrements
Baptême, eucharistie, réconciliation : les chrétiens sont invités à vivre intensément ces trois sacrements en Carême, avec l’aide de leur communauté. La fin des 40 jours de préparation à Pâques est le sommet de l’année liturgique : tous sont invités à se rassembler le jeudi saint au soir, le vendredi saint, et dans la nuit du samedi saint au dimanche de Pâques, pour entendre la Bonne Nouvelle de la Passion et de la Résurrection du Christ, le sauveur de tous les hommes.
3 « pratiques »
Dans l’évangile lu le premier des 40 jours, Jésus exhorte à vivre dans le secret du coeur le partage, la prière, le jeûne. Trois attitudes concrètes soulignées au coeur du Carême.
Le Carême, une période formidable !
Ne nous trompons pas !
Formidable, le carême ? Pourtant, dans l’esprit de nombre de nos concitoyens, ce temps est associé à l’idée de privation et de pénitence : " on coupe le carême" c'est-à-dire "on rompt le jeûne" ou encore " avoir une face de carême" » c’est « avoir l’air triste » ! Et le mardi gras (la veille du Mercredi des Cendres), la mi-carême (au milieu de ces quarante jours avant Pâques), sont apparus pour contrebalancer le caractère rebutant de cette période d’attente. L’Église elle-même a décidé dans sa grande sagesse que les dimanches de carême marqueraient une trêve, et seraient dominés par la joie et l’absence de privation. On y fête, en effet, comme tous les dimanches de l’année, la résurrection du Christ.
Malgré ces initiatives fort louables, il reste cependant plus de trente jours de carême à vivre le mieux possible et il est fortement dommageable pour notre croissance humaine et spirituelle que le carême soit devenu au fil des siècles cette période triste dont on a hâte de sortir. Mais justement, qu’est-ce qui marque la fin du carême ? La Résurrection du Christ. Or « ressusciter » signifie en grec, la langue du Nouveau Testament, « se lever, s’éveiller ». Ainsi, quand saint Paul déclare que nous sommes déjà ressuscites, il signifie par là que nous sommes déjà éveillés, pleinement participants à la vie de Dieu, et que Jésus-Christ nous a mis debout, malgré nos infidélités, nos oublis de Dieu.
Les Ivoiriens sont ainsi appelés tout au long de l’année à vivre en ressuscité, totalement transfigurés par le Christ, sensibles à l’Esprit saint dont les fruits sont bonté, joie, paix, patience, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi.
Alors, durant le carême, devons-nous « oublier » que nous sommes déjà ressuscités ? Devons-nous rester sourds aux appels de l’Esprit ? Devons-nous continuer dans nos mauvaises habitudes de paresse, de recherche du gain facile, de prendre tout à la légère?
Bien sûr que non ! Le carême n’est pas là pour nous inciter à nous replier sur nous-mêmes ou à adopter une mine grave et pleine de componction. Il est, bien au contraire, un appel à nous tourner vers Dieu et à le laisser nous transformer. Il nous faut cultiver le goût de l'excellence et du mérite, du respect du bien commun, de la recherche de la justice et de la paix et d' avoir un peu de dignité. C’est pourquoi, durant la célébration du Mercredi des Cendres qui marque le début du carême, le prêtre grave sur nos fronts, en « lettres de feu », ces paroles : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile », comme pour nous inviter à ne jamais les oublier.
Cet appel à la conversion (c’est-à-dire, étymologiquement, cet appel à nous tourner vers Dieu et à changer de vie), est un appel à vivre de la vie que Dieu nous offre et à laquelle nous demeurons parfois sourds.
De l’image à la ressemblance
« Re-nés » en Jésus-Christ par la grâce du baptême, il nous arrive en effet parfois de ne pas être fidèles à l’alliance que Dieu souhaite librement établir avec nous. Créés à l’image de Dieu comme nous le dit magnifiquement le premier texte de la Bible, la Genèse, nous sommes appelés à la ressemblance avec Dieu. Appelés, comme l’ont dit de nombreux Pères de l’Eglise, à devenir d’autres « christs ». Si nous le souhaitons. Cet appel à devenir parfaits, comme le Père Céleste est parfait, n’est pas réservé à une élite. C’est à chacun d’entre nous qu’il est adressé, et c’est librement que nous sommes appelés à y répondre oui ou non.
Malheureusement, emportés par le tumulte de nos activités, de nos vies, parfois broyés par le tragique de l’existence, il peut nous arriver d’oublier cette main que Dieu nous tend et de prendre peu à peu nos distances avec lui. Coupés de nos racines, nous perdons le contact avec notre origine, et c’est par cette rupture d’alliance consciente, ou négligente, que nous devenons pécheurs. C’est pourquoi l’Église (là aussi dans sa grande sagesse) consciente de la faiblesse humaine, a très vite institué le carême afin de nous permettre de nous remettre régulièrement et de manière forte face à Dieu. La prise de conscience de notre éloignement, de nos ruptures d’alliance, de nos manques d’amour, de notre péché, peut alors entraîner une profonde tristesse qui ne vaut pas pour elle-même.
De l’ombre à la lumière
En effet, cette prise de conscience du réel de nos existences et des zones d’ombres présentes au cœur de chacun d’entre nous ne vaut que parce qu’elle constitue un appel à nous laisser transformer par le Christ, mort et ressuscité pour chacun d’entre nous. Les larmes que nous pourrons alors verser en prenant conscience de nos infidélités volontaires ou involontaires, n’ont de valeur que parce qu’elles lavent notre cœur et effacent la noirceur qui empêchait la lumière de pénétrer au plus profond de notre âme.
Alors, et alors seulement, guidés par le Christ, nourris par les sacrements, nous pourrons, avec l’aide de Dieu, entreprendre ce travail de reconstruction, de restructuration. Ce temps nous permettra de pouvoir dire au Seigneur à voix haute, debout, et les yeux grands ouverts : « Me voici. »
Dès lors, habités par Dieu, qui pourra « établir sa demeure en nous » (comme nous le dit l’Écriture), nous pourrons cheminer, même modestement et lentement, vers la perfection à laquelle Dieu nous appelle. N’oublions jamais que l’Église n’est pas constituée de justes, mais de pécheurs pardonnes ! Ainsi, le carême possède une dimension extrêmement motivante pour chacun d’entre nous. Loin de nous complaire dans la tristesse éprouvée à cause du bien que nous ne faisons pas et du mal que nous commettons parfois, il est invitation à nous remettre entre les mains de Dieu pour être transformés de l’intérieur par sa douceur de Père. Il est aussi l’occasion de cette prise en compte lucide de notre éloignement d’avec Dieu, de notre surdité à ses appels et à sa Parole, entraînant des larmes de regrets qui, au fil des jours, se transformeront en larmes de joies.
Les ailes de la grâce et de l’effort
Mais, pour sortir de nos tombeaux, il nous faut laisser sa place à la grâce sans négliger pour autant un effort indispensable de notre part.
« La grâce et l’effort constituant les deux ailes d’un même oiseau », comme l’a si bien dit un mystique chrétien. Nous sommes donc appelés durant le carême à redécouvrir un mot trop longtemps mal utilisé : l’ascèse ! Ce mot, perverti au fil du temps, signifie en grec « entraînement, exercice, pratique, genre de vie ». L’ascèse possède une dimension extrêmement dynamique. Elle nous hisse vers le haut et nous pousse à aller de l’avant avec le Christ. On peut donc regretter qu’elle soit devenue synonyme de frustration et rebute la plupart de nos concitoyens.
Bon carême !
Père AKE Patrice Jean, pakejean@yahoo.fr
05 janvier 2008
ASSALE TIEMOKO Antoine, un innocent emprisonné en Côte d'Ivoire
Assalé Tiémoko Antoine est un jeune et brillant diplômé de notre université mais qui, comme des milliers d'autres jeunes comme lui, est condamné à gérer des cabines téléphoniques sur les trottoirs et à vivoter. De temps à autre, il écrit de lumineux papiers dans le Nouveau Réveil pour crier sa colère et sa révolte et aussi pour éveiller la conscience des autres jeunes que la refondation est en train d'abrutir. Le 14 décembre dernier, il a écrit un article pour dénoncer la corruption dans un pays imaginaire qui ressemble beaucoup à la Côte d'Ivoire. Ce papier a irrité le procureur Tchimou qui l'a jeté en prison le 28 décembre dernier, en attendant son procès dans quinze jours. On l'a mis dans le bâtiment des grands bandits. Le tout-puissant procureur a décidé de priver de liberté un jeune homme qui n'a fait qu'exprimer son opinion. Il l'a jeté en prison en cette période, sûr qu'en cette fin d'année où tout le monde a la tête dans les fêtes, il ne se trouvera pas grand monde pour se mobiliser pour un petit chômeur, fils de pauvre qui veut faire de l'esprit dans les journaux, au lieu de se contenter de son sort comme tous les autres moutons à qui l'on fait tout avaler et que l'on tond jusqu'à la peau sans qu'ils émettent le moindre son.
Moi je ne t'oublie pas, petit frère. Parce que tu es le symbole de tous ceux qui refusent la fatalité d'une Côte d'Ivoire condamnée à la déchéance par la faute de dirigeants incompétents et prédateurs, ainsi que d'une classe politique tout aussi incompétente et irresponsable, et également par la faute d'une population abrutie par la pauvreté matérielle et intellectuelle, apeurée, et tout aussi irresponsable que ceux qui la dirigent. Tu es le symbole d'une jeunesse en qui nous pouvons encore croire. Vous n'êtes pas nombreux, je le sais. Mais tu nous prouves que tout espoir n'est pas perdu. Depuis le début de l'année, les enfants ne vont pas à l'école à l'intérieur du pays. Depuis des années ,les enfants s'entassent par centaines dans les salles de classe, pendant que l'université est devenue n'importe quoi, un endroit où l'on apprend tout, sauf à développer l'intelligence, à cause de la FESCI qui est protégée par le chef de l'Etat. La FECSI qui est devenue un monstre froid qui tue en toute impunité. Quel parent d'élève, quel leader de parti politique, quel élu s'en est offusqué ? Pendant ce temps, le chef de l'Etat va construire des palais farfelus à Yamoussoukro, on détourne des centaines de milliards, on vient déverser des déchets toxiques mortels sur la population. Quel parent d'élève a osé dire au chef de l'Etat que l'intelligence commandait qu'il consacre ces énormes sommes à construire des écoles, parce que le développement dont il parle sans en croire un seul mot, ne peut se faire qu'avec des jeunes bien formés et non avec des cancres. Quel élu a osé protester contre ce gaspillage d'argent ? Nos députés sont bien contents, eux, qu'on leur ait construit un vilain hôtel à Yamoussoukro où ils pourront aller se prélasser aux frais de ceux qui payent les impôts. Gbagbo leur a dit qu'ils ne voteront pas le budget. Il l'a adopté lui seul par ordonnance. Qui parmi les élus et autres dirigeants politiques a osé dire que ce n'est pas normal ? Aucun. Depuis combien de temps les députés ne travaillent-ils pas tout en continuant à être payés ? Lequel d'entre eux a osé dire que cela n'est pas normal ? Qui a osé demander au chef de l'Etat ce qu'il fait de l'argent du pétrole pendant que les Ivoiriens croupissent dans la misère ? C'est Mamadou Koulibaly, le président de l'Assemblée nationale, qui sait de quoi il parle, qui nous a révélé que 70% des Ivoiriens ne mangent qu'une seule fois par jour. Est-ce normal dans un pays comme la Côte d'Ivoire ?
Gbagbo est en train de conduire la Côte d'Ivoire à sa ruine, et il se trouve encore des gens pour l'applaudir. Parce qu'il dépose quelques poteaux électriques, des ambulances et de l'argent par-ci par-là. Dans quel pays les Ivoiriens espèrent-ils donc vivre quand toute l'administration, la justice, la police, et même le palais présidentiel sont pourris jusqu'à la moelle par la corruption et l'immoralité ? Dans quel pays espèrent-ils vivre lorsque n'importe quel agent de police, n'importe quel étudiant de la FESCI peut disposer en toute impunité de leurs vies, et qu'un procureur peut priver de liberté un jeune homme qui a juste crié sa révolte ? Les Ivoiriens ne voient-ils donc pas ce qui est arrivé à des pays comme le Liberia, la Sierra Leone, l'ex-Zaïre, la Centrafrique, la Somalie ? Ne voient-ils pas où va leur pays ? Ne voient-ils pas dans quel état se trouvent les routes, les écoles, les hôpitaux, leur administration, leur police, leur justice, les quartiers dans lesquels ils vivent , la moralité des gens qui les gouvernent, l'immoralité qu'ils sont en train d'inculquer à la jeunesse ? Ne voient-ils pas la corruption qui a pourri tout le pays ? Aujourd'hui des escrocs aux petits pieds viennent proposer au chef de l'Etat des projets aussi ridicules et aberrants que des usines de traitement de l'eau de mer, pour la transporter par des pipelines au nord de la Côte d'Ivoire qui ne manque pourtant pas d'eau, des centaines d'usines produisant de l'énergie à partir de l'air marin, une usine pétrochimique, une compagnie aérienne internationale, et il les croit. D'autres viennent lui faire miroiter des centaines de milliers de logements à construire en six mois, des dizaines d'usines employant des dizaines de milliers de personnes à Moossou, la transformation des bidonvilles, en quartier chics d'un coup de bâton magique, et il les croit aussi. C'est quel chef ça ? Tout ça, parce qu'il est incompétent et entouré de cancres. Ou d'escrocs. C'est tout ce que la refondation a réussi à faire dans ce pays depuis sept ans qu'il est au pouvoir. C'est le produit de l'école de la refondation. Et c'est le signe le plus patent de la déchéance qui nous attend. Côte d'Ivoire, pays de pigeons et de gogos sur qui on peut déverser des tonnes de déchets toxiques sans qu'ils bronchent, paradis des escrocs et des blanchisseurs d'argent sale. Voici ce que les refondateurs ont fait de nous. Soyez certains que bientôt nous aurons une affaire de trafic de drogue qui touchera encore une fois de plus le palais. Pourquoi les trafiquants de drogue se gêneraient-ils ? Et pourquoi tous les malhonnêtes qui se trouvent au palais cracheraient-ils sur cet argent ?
Et c'est tout cela que l'on refuse à Assalé Tiémoko de dénoncer. C'est pour avoir dénoncé tout cela qu'il est jeté en prison à la veille de la fête du nouvel an par le procureur de la république.
Peuple inconscient que l'on conduit à sa perte et qui applaudit ses bourreaux. Peuple à qui l'on vole le portefeuille mais qui trouve que son voleur est généreux parce qu'il lui a offert une bière.
Antoine, tu n'es pas Wattao. Tu n'as pas pillé des banques à Bouaké ou ailleurs pour t'acheter des voitures de luxe. Tu n'as tué personne. Tu n'es pas de la FESCI. Tu n'es pas Blé Goudé. Tu n'es pas un jeune patriote. Tu n'as fait détruire aucune entreprise. Tu n'as rien saccagé. Tu n'as racketté personne. Tout ce que tu voulais était une vie plus digne dans une Côte d'Ivoire que tu croyais encore digne. C'est un grave péché, petit frère. Tu ne peux donc pas être un héros dans cette république abâtardie par les refondateurs. Tout ce que tu mérites est la prison. Parce que tu n'as pas accepté de souffrir en silence comme les autres à qui on a pris jusqu'à la dignité. Nous te rejoindrons, petit frère. Parce que nous non plus ne nous tairons pas. Tu as parlé de la corruption dans un pays fictif ? Nous, nous parlerons de la corruption en Côte d'Ivoire. Celle qui touche les proches du chef de l'Etat, des magistrats, celle que veut couvrir le procureur, celle qui l'implique. Nous parlerons des centaines de milliards détournés aux paysans par des proches du chef de l'Etat. Nous parlerons des membres de son entourage que l'on accuse da faire circuler des faux billets de banques, de faire des trafics de véhicules volés en Europe. Honte sur ce pouvoir qui a élevé l'immoralité en règle de gouvernement et qui a perverti la jeunesse de ce pays. Honte sur ce pouvoir qui fait l'apologie de la tricherie et de la médiocrité. Le procureur a été chargé d'enquêter sur quelques uns des scandales. Où en est-il ? Bien sûr que c'est plus facile pour lui de jeter un Assalé Tiémoko Antoine en prison plutôt que de s'en prendre à ceux qui ont fait entrer des déchets toxiques dans le pays, ceux de l'entourage du chef de l'Etat qui ont volé les milliards de francs des paysans. C'est très courageux de sa part que de s'en prendre au plus faible. C'est plus facile que de se regarder dans le miroir. Antoine, tu passeras ta fête du nouvel an en prison pendant que celui qui t'y a conduit boira du champagne chez lui. Mais de vous deux c'est toi qui représentes la dignité. C'est toi seul qui mérites respect. Tu es un prisonnier d'opinion et nous ne te laisserons jamais tomber. Bonne et heureuse année malgré tout, mon cher petit frère. C'est par ton combat que nous pourrons croire encore en une Côte d'Ivoire capable de se remettre sur ses jambes. Tu es notre espoir, Antoine. Tu passeras ton réveillon au milieu de tes compagnons d'infortune. Tu m'as dit que tu as rencontré en prison des personnes qui y sont depuis 17 ans sans jugement, parce qu'ils ont eu affaire à un procureur. Souhaite-leur une bonne année de ma part. Nous pensons à eux. Joins tes prières aux miennes pour souhaiter sincèrement une bonne et heureuse année 2008 au procureur. Il le mérite. Un jour ou l'autre, il se regardera dans le miroir. Nous le lui tendrons. Et il sera bien obligé de s'y regarder. Et souhaite lui une bonne fête de fin d'année. A bientôt.
Venance Konan
Email : venancekonan@yahoo.fr
04 janvier 2008
LE CRIME D'ELDORET
Au Kenya, l'une des démocraties les plus stables d'Afrique, et l'une des économies les plus fortes du continent, la ville d'Eldoret, au nord du pays, dans la vallée du Rift, vient de rentrer dans l'histoire par la petite porte. Cette région multiethnique, mais dominée traditionnellement par l'ethnie Kalenji, a connu certes des violences ethniques par le passé (1992 et 1995) lorsque des centaines d'habitants, Kikuyus pour la plupart ont été tués tandis que des milliers d'autres fuyaient le pays. Aujourd'hui, ce qui vient de se passer, après la réélection controversée du président Mwai Kibaki dépasse l'entendement. Une bande de jeunes gens qui met volontairement le feu à une église pentecôtiste dans laquelle s'étaient réfugiés quelque 200 membres de l'ethnie kikuyu. Jamais nous n'aurions pensé que la sauvagerie irait si loin. Après avoir maîtrisé les gardes chargés du lieu de culte, cette bande a volontairement brûlé la baraque de bois servant d'Eglise: il y a eu 30 corps carbonisés, totalement méconnaissables et 42 personnes brûlées vives. Quelle tuerie insensée! Tout ceci pour des élections! N'a-t-il pas lieu ici de reconsidérer tous ces schémas dans lesquelles les Occidentaux nous regardent et nous évaluent?
Qu'appelle-ton aujourd'hui un pays stable? Un pays économiquement fort? C'est lorsque tout l'apparatchick est aux mains d'une seule ethnique qui domine majoritairement. Et tout passe par eux: ils ont tous les biens du pays l'exploite à qui mieux mieux. Plus cela dure, plus on va considérer que le pays est stable...Alors chaque élection est en fait une révolution pour renverser l'ordre ancien et placer ceux de son ethnie qui veulent le changement. Sinon comment comprendre toutes ces tueries? Chacun pense que le moment est venue pour avoir sa part au gâteau national. L'occidental dans son esprit cartésien penche aussi que les élections ne servent à rien. Il faut mettre partout des gouvernement d'union nationale pour répartir des postes ministériels. Le danger c'est de retrouver autour d'un président des incapables qui sont présents rien que pour manger: la politique du ventre! Un gouvernement de serpents, de scorpions et de requins. Quel programme de gouvernement appliquer? Il n'y en a pas du tout. On n'est présent que pour piller les ressources du pays. C'est insultant de voir combien le costume du ministre d'aujourd'hui est trop grand pour lui! Ceux-ci sont dans de grosses cylindrées appelées communément des 4X4, voitures tous terrains. Ils ont des services de sécurité qui font la pluie et le beau temps. Ils ne respectent pas le code de la route et parfois font en sens inverse de la circulation. Dès qu'ils sont nommées ministres, ils déménagent ou bien restent dans le quartier en compliquant la vie de leurs voisins. On est fouillé à tout moment, on ne peut plus garé à tel endroit, à cause de la sécurité du ministre...Quelquefois le ministre n'a aucun niveau intellectuel, sauf celui d'avoir pris les armes. Le ministère qu'il dirige est rempli des gens de son ethnie. Parfois l'entourage immédiat est celui des dignitaires du parti au pouvoir qui n'ont pu être casés. Les caisses noires y pullulent et vous devez financer toutes les activités du parti. Y a-t-il une solution à toutes ces déviations?
L'Etat de Droit est la solution à toutes ces déviations. Tant que nous deviendrons pas un État de droit il nous sera difficile de nous en sortir. La recherche d'un État de droit conforme à la logique économique consiste,selon notre compréhension, à ce que les Occidentaux, qui sont partisans des droits de l'homme ferment les yeux sur les déviations des droits humains quand leurs intérêts économiques sont menacés. Comment raisonnablement comprendre le rôle des humanitaires dans des pays en conflits, quand ce sont les mêmes occidentaux qui vendent les armes et qui viennent assister les victimes des conflits. Si vous voulez aider nos pays à se développer, arrêter de diviser les hommes politiques qui sont aussi médiocres puisque chacun ne voit que son intérêt mesquin, au lieu de prendre de la hauteur. Pendant qu'ils se battent entre eux les richesses du pays sont exploités, le système monétaire n'est plus stable et l'appareil bancaire ne peut plus assurer un accès raisonnable au crédit, les marchés financiers deviennent instables. Quand nos États quitteront L'Etat de police pour devenir de véritables États de droit? Quant est-ce la Justice ne sera pas instrumentatisée pour être indépendante afin de garantir les libertés individuelles afin de soumettre L'Etat au Droit?
DR AKE PATRICE JEAN

