LES FUNERAILLES INCULTUREES COMME LIEU THEOLOGIQUE DE L'EGLISE FAMILLE DE DIEU1

PREMIERE PARTIE: REFLEXION THEOLOGICO-PASTORALE

I- ANTHROPOLOGIE ET ESCHATOLOGIE AFRICAINES

          Une première grande partie du colloque-atelier à tenir devra porter sur l'eschatologie africaine et la gestion de la mort(I).

          La vie prend sens à partir de la mort. Les sages penseurs de nos traditions culturelles ont été comme absorbés par la pensée de cette limite radicale. Ils ont créé toute une ritualité où est engagée une vision de l'homme qui est devenue le régulateur de base de l'existence humaine, individuelle, familiale et sociale.Une culture du mémorial ancestra s'est développée dans toutes les aires culturelles de l'Afrique. En son sein, nous trouvons le culte des ancêtres qui plonge ses racines dans l'eschatologie africaine.

II - RITUEL DES FUNERAILLES ET PROBLEMATIQUE D'INCULTURATION

          La quête radicale du sens de la vie à laquelle nos sociétés se sont toujours confrontées s'est traduite dans des rituels de funérailles autour desquels l'Eglise en Afrique rencontre en permanence les sociétés africaines et leurs cultures. Selon quelles modalités s'est effectuée cette rencontre jusqu'à ce que sonne l'heure de l'inculturation, notamment avec Vatican II et le 1er Synode pour l'Afrique? Il sera important de faire le point sur ces modalités:

          - Modalité de juxtaposition et mise en lumière de ce qu'elle signifie

          - Modalité de conflit et sa signification.

          - Modalité d'inculturation et sa signification

          Cette enquête à large spectre devra être conduite dans tout l'espace CERAO(II)

III - ORIENTATIONS DE l'EGLISE UNIVERSELLE ET DES RITES INCULTURES DES FUNERAILLES CHRETIENNES

          Quand l'enquête sera restituée comme 2è grande partie de la rencontre d'étude, s'engagera une réflexion sur les Instructions du Dicastère Romain pour le Culte Divin et les Sacrements. En possession de ces orientations sur les Sacrements et les Sacramentaux, le Colloque s'emploiera à la réflexion théologique sur les critères d'authenticité chrétienne catholique des rituels inculturés des funérailles chrétiennes.

          Cette 3è grande partie sera faite d'exposés de panels et d'ateliers. Il sera demandé aux Conférences Episcopales où sont à l'essai des rituels inculturés de funérailles chrétiennes d'exposer la théologie qui est mise à l'oeuvre dans ces rituels et d'en manifester la cohérence christologique et ecclésiologique interne comme premier critère. On montrera ensuite la cohérence avec la tradition de l'Eglise comme 2è critère. On établira en outre la pertinence culturelle et interculturelle de cette théologie à l'oeuvre dans le sacramental que sont les funérailles chrétiennes. La légitimité de ces inculturations conduites avec rigueur théologique s'attestera comme une appropriation de la Grande Tradition de l'Eglise Catholique par nos Eglises en exigence historique incontournable d'inculturation. Ces efforts d'inculturation ainsi caractérisés n'ont rien de commun avec les petites traditions, comme le prétendraient des Africains se voulant dociles à un rituel latin"universel" qui n'aurait nul présupposé culturel et n'aurait aucun besoin de réappropriation culturelle. En réalité, ces Africains qui discréditent les tentatives d'inculturation se classent dans la catégorie de ceux qui veulent juxtaposer les rituels, ce qui constituent le bouillon de culture de tous les syncrétismes.

          Pour une Eglise qui a entrepris de se construire comme Famille de Dieu, il est évident que nous nous trouvons ici sur le terrain d'un grand enjeu d'inculturation. En effet, la famille africaine qui se structure ici, dans l'ordre symbolique, n'est pas sans influencer toute théologie ultérieure de l'Eglise comme Famille de Dieu en Afrique. Les précisions catégorielles que nous mettons au point à ce niveau de notre culture décident du sérieux de l'oeuvre de l'inculturation que nous conduisons.. En quoi le sacrement et le sacramental se distinguent-ils? La constitution imaginaire de nos sociétés africaines qui est engagée dans ces débats d'anthropologie fondamentale est-elle indifférente à l'ordre sacramentel et sacramental où s'édifie l'ecclésiologie africaine de l'Eglise comme Famille de Dieu? L'anthropologie vécue de nos sociétés africaines au coeur  de l'épreuve de la mort est-elle sans importance pour notre ecclésiologie?

IV - QUELLES ORIENTATIONS PASTORALES POUR L'INCULTURATION DES FUNERAILLES CHRETIENNES?

          Quelles orientations pastorales donner pour la poursuite des efforts d'inculturation en matière de funérailles chrétiennes? Beaucoup disent qu'il faut laisser se vivre la diversité culturelle. Mais qu'entend-on par diversité culturelle dans un espace où le christianisme n'a pas encore opéré sa profonde démarcation de la culture et de la religion? Quand l'ordre symbolique de la culture est en génèse et mêle encore les eaux de l'une et de l'autre, la foi chrétienne n'a-t-elle pas le droit, voire le devoir d'apporter son éclairage? Ou est-ce trop tôt? Est-il permis de laisser purement et simplement se déployer sur le chrétien défunt la ritualité traditionnelle avec ses ambiguïtés magico-sorcières, parallèlement avec la ritualité chrétienne? Ne faut-il pas, en écartant tout le magico-sorcier et l'imaginaire de terreur qu'il charrie, assumer par le fond la ligne symbolique de crête en filigrane dans les multiples surdéterminations pour lui donner une forme chrétienne - ce que nous appelons précisément inculturation rituelle fondamentale? Ce faisant, n'est-il pas permis de proposer un tel rituel, débarassé de tout élément syncrétiste, à la concélébration avec des gestionnaires traditionnaires des funérailles, étant donné que les membres non chrétiens de la famille revendiquent devoir accomplir eux aussi des rites de piété filiale ou fraternelle envers le membre défunt, même s'il est chrétien?

          S'il est permis que les célébrants traditionnels jouent un rôle dans les funérailles d'un membr chrétien de la famille, c'est parce que, selon notre foi chrétienne, la multitude vue par le visionnaire de Patmos provient de toute langue, peuple et nation et que déjà, à la Pentecôte, la multitude présente à l'événement entendait proclamer chacun dans sa langue les merveilles de Dieu. C'est dire que les déterminations culturelles ne sont pas purement et simplement abolies mais constituent une richesse assumée en eschatologie. Il nous semble que les célébrants traditionnels des funérailles ont un rôle à jouer sur la base dune inculturation ainsi clarifiée.

          L'intégration dans la famille vivante dans l'au-delà, que le rite est censé opérer en faveur du défunt, se trouve être, dans le cas chrétien, pour qui s'accomplit le rite du passage qui est ici sa Pâque ultime, une intégration dans la communion des saints, dans la Famille de Dieu en rassemblement au coeur même de la Trinité Sainte.

V- DIMENSION MISSIONAIRE DE LA CELEBRATION DES FUNERAILLES

          L'Eglise Famille qui s'efforce de convertir sa culture et d'inculturer sa foi, est appelée en Afrique à voir, dans les grands rassemblements de familles occasionnés par la mort d'un être cher, un aéropage propice à l'annonce première du message pascal. Le sens des veillées funèbres doit être soigneusement établi en lien avec la veillée pascale du Rédempteur de l'homme. Il faut viser à faire des funérailles du chrétien l'occasion d'une semence de la Parole de Dieu qui portera ses fruits.

IIè PARTIE : CONFERENCES

1er Panel:

1.  Mgr SANON et Mgr LEZOUTIE: La problématique théologico-pastorale des funérailles chrétiennes dans ses dimensions majeures ou Evangéliser la mort africaine par des funérailles inculturées.

2. Anthropologie et Eschatologie Africaines

Père Nazaire DIATTA : Aire géo-culturelle du Sahel: Sénégal, Mauritanie, Cap-Vert

Père Bénoît PENOUKOU: Aire géo-culturelle de la Savane: Bénin Togo

Père Jean Sinsin BAYO: Aire géo-culturelle de la Forêt

2è Panel:

1. Père Pierre KABLAN: Les Instructions Romaines sur les Sacrements et Sacramentaux et leur Inculturation

Tentative d'inculturaion des Funérailles: Présentation Théologique du Rituel Inculturé

Père Bernard YANOOGO: Aire géo-culturelle du Sahel:

Père Edouard ADE: Aire géo-culturelle de la Savane

Père Jean-Baptiste AKWADAN: Aire géo-culturelle de la Forêt

Père Léon Diouf: La problématique de l'Eglise Famille de Dieu: bases anthropologiques les plus fondamentales

3è Panel:

Les Délégués des Conférences Episcopales de l'Espace CERAO: Enquêtes sur l'Etat des lieux dans chaque Conférence

Mgr Lucas Kalfa SANOU: Synthèse des Travaux/

4è Panel:

Mgr Jean Marie DIARRA: Dimension Missionnaire de la Célébration des Funérailles.